Jusqu’à présent, le traitement des procédures amiables et collectives était partagé entre le tribunal judiciaire et le tribunal de commerce. Dans le cadre de l’expérimentation, les 12 Tribunaux des activités économiques (TAE) vont absorber certaines compétences des tribunaux judiciaires et devenir seuls compétents pour traiter des difficultés des entreprises, quels que soient le statut et l'activité de la personne physique ou morale et, à l'exception des professions réglementées du droit, pour traiter des procédures suivantes :
Cette expérimentation conduit donc à proposer un seul interlocuteur pour la majorité des procédures amiables et collectives. En pratique, cette modification a son importance pour les exploitants agricoles et personnes morales non commerçantes (associations, SCI et professions libérales non réglementées en droit).
Afin de respecter le principe de représentativité des justiciables, les TAE se composent de juges consulaires, de juges exerçant la profession d’exploitant agricole et de greffiers.
Aussi, chacune de ces 12 juridictions intègre le dispositif d’aide psychologique APESA, destiné aux entrepreneurs en difficulté.
L’autre grande nouveauté de cette expérimentation est la mise en place d’une contribution financière, appelée « contribution pour la justice économique », visant les entreprises de plus de 250 salariés.
La contribution financière est due pour tout demandeur ayant une prétention initiale (hors demande incidente et frais de procédure non compris dans les dépens) de plus de 50.000 €.
Cette contribution n’est pas due en cas de :
Lorsque la demande initiale est formée par plusieurs demandeurs, la CJE est due pour chacun d’eux et la valeur totale des prétentions est appréciée séparément.
Le versement de cette contribution s’effectue au guichet du greffe ou sur le site tribunaldigital.fr.
Toutefois, la contribution est remboursée en cas de décision constatant l’extinction de l’instance suite à un désistement ou à une transaction conclue suite au recours à un mode amiable de résolution des différends.
Entité concernée | Montant de la CJE (pourcentage par rapport aux demandes initiales) | Plafond |
Personne morale (+250 salariés) – CA annuel moyen entre 50 et 1500 millions € + bénéfice annuel moyen supérieur à 3 millions € | 3% | 50.000 € |
Personne morale (+250 salariés) – CA annuel moyen supérieur à 1500 millions € - bénéfice annuel moyen supérieur à 0 € | 5% | 100.000 € |
Personne physique – revenu fiscal entre 250.000 et 500.000 € | 1% | 17.000 € |
Personne physique – revenu fiscal entre 500.000 et 1 million € | 2% | 33.000 € |
Personne physique – revenu fiscal supérieur à 1 million € | 3% | 50.000 € |
Le greffe avise le demandeur par tous moyens, avant la première audience, du montant dont il doit s’acquitter. En cas de non-versement, l’irrecevabilité des demandes est constatée d’office par le Juge.
L’élargissement des compétences matérielles des TAE a pour objectif de rendre une justice économique plus efficace et simple d’accès, qui devrait notamment se traduire par un meilleur accompagnement des entreprises en difficulté. Toutefois, la mise en place de la CJE destinée à financer la justice économique introduit nécessairement une rupture d’égalité entre les justiciables et particulièrement entre les différents territoires selon les tribunaux concernés ou non par l’expérimentation. Cette expérimentation donnera sans aucun doute naissance à différentes stratégies de contournement, l’objectif du demandeur étant idéalement d’éviter d’acquitter la CJE. Dans ce cadre, il est possible de prévoir des dispositions contractuelles dans vos contrats afin par exemple d’instaurer un partage de la CJE entre les cocontractants indépendamment de la partie qui saisit le tribunal, ou encore de prévoir que votre cocontractant, s’il succombe à l’issue de la procédure, devra prendre en charge cette contribution même s’il n’est pas à l’origine de l’action judiciaire, voire de privilégier les modes alternatifs de résolution des litiges. |